Iphigénie en Tauride à Garnier

(Soirée du 22 Décembre 2016)

L’opportunité d’assister à l’avant-dernière représentation d’Iphigénie en Tauride s’est présentée quelques heures avant, une petite promo me promettant un 5ème rang d’orchestre… Terriblement séduite par son Orphée et Eurydice à Nancy, et subjuguée par son Alceste en 2015 sous les ors de Garnier, comment refuser de découvrir un peu plus Gluck ? C’est fatiguée mais guillerette que je gambadais dans le Grand Foyer aux embruns de sapin et m’assis confortablement dans ces fauteuils de velours rouges si chers à mon coeur.

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Grand mal m’a pris de ne pas lire le livret avant la représentation ! Je ne suis pas calée en mythologie grecque, et l’histoire n’est que peu lisible sans les relents des cours de lycée. En voici le résumé fait par l’Opéra de Paris :  » Pour honorer la prédiction d’un oracle, Iphigénie doit tuer tout étranger s’échouant sur les rivages de Tauride. Las, c’est son frère Oreste qui accoste, assassin de leur mère Clytemnestre, qu’il a tuée pour venger le meurtre de leur père Agamemnon : telle est la lignée maudite des Atrides qui répète la mort de génération en génération… Cette chaîne de crimes héréditaires passera-t-elle par Iphigénie ?  »

Au sortir des 2h20 de spectacle, je suis déçue. Cette tragédie, commandée par (pour ?) Marie-Antoinette, se veut très austère, dépourvue de grandes envolées lyriques, de vibrations, de frissons. La direction musicale manque cruellement de finesse et de cohésion ; il faut dire que les instruments modernes y sont aussi peut-être pour quelque chose ?

Quant aux chanteurs, énorme coup de coeur pour Pylade (Stanislas de Barbeyrac) dont la voix m’a le plus touchée, et j’ai trouvé Véronique Gens très « chic », mais sans plus de conviction.

Finalement, seule la mise en scène m’a vraiment plu. Iphigénie, au début, est une vieille dame en maison de retraite : Warlikowski laisse planer un doute sur sa fragilité, ses souvenirs, son histoire est-elle pure hallucination ou stricte vérité ?

Très intelligemment menée, la mise en scène exhibe des personnages obsédés par leur passé et totalement dépassés par leur vie. Les images sont fortes, très fortes, à l’instar de ces mamies qui, faisant face aux spectateurs, mangent du gâteau en tenue de deuil.

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L’émotion est bien présente, par la profondeur de la production, sa théâtralité, et contrebalance une soirée musicale un peu trop indifférente à mon goût.


Iphigénie en Tauride de Christoph Wilibal Gluck, mise en scène par Krzysztof Warlikowski, à l’Opéra Garnier du 2 au 25 décembre 2016

Combien ça vaut ? Pas plus de 50€

Conseil placement : au parterre, pour profiter de ces super mamies !

Until the Lions, Akram Khan à la Grande Halle de la Villette

(Soirée du 5 Décembre 2016)

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Inspiré du poème épique Mahabharata, Until the Lions puise sa genèse dans la mythologie hindoue. Grand livre sacré de l’Inde, le Mahabharata relate les épisodes guerriers entre les Pandava et les Kaurava qui veulent conquérir le pays des Arya.

L’histoire ? La princesse Amba se fait enlever le jour de ses noces avec Shalva par Bheeshma, qui lui a fait voeu de chasteté ; il promet donc Amba à un autre, et doit lutter contre ses désirs. Amba combattra férocement Bheeshma pour se libérer de son joug.

Pour ce faire, Akram Khan a choisi une scène circulaire, en forme de racine d’arbre, toutes veines concentriques visibles, des lumières tamisées et une atmosphère poussiéreuse : tout y est, nous sommes bien au coeur d’une forêt mystique.

Au coeur d’une tribu, les lances délimitent une arène, celle de la lutte entre Amba et Bheeshma. Accompagnés par quatre musiciens a cappella, les corps se battent et s’étreignent, les pieds martèlent la souche, les bras s’envolent vers les cieux. Tournent alors autour de la souche des corps en transe, qui chassent à l’envi, jusqu’à se retrouver face au crâne / à la mort.

Ca sent la poussière, ça sent le souffre, les hurlements déchirent le silence qui s’est emparé de la salle, les esprits des danseurs et chanteurs semblent évaporés dans une autre dimension. Le bois se fissure par le centre, les éléments se déchaînent, symbole de la colère d’une entité supérieure.

Si je suis soufflée par la fulgurance et la beauté viscérale de la pièce, je n’arrive pas à vraiment apprécier le spectacle, en partie parce que la culture hindoue m’est totalement étrangère.


Until the Lions, d’Akram Khan, avec la Akram Khan Company, du 5 au 17 Décembre 2016 à la Grande Halle de la Villette (saison 2016/2017 du Théâtre de la Ville)

Combien ça vaut ? de 10 à 32€

Conseil placement : Les gradins sont circulaires, on voit bien de partout !

Les Coquettes, au Grand Point Virgule

(Soirée du 30 novembre 2016)

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Trio féministe de music-hall mi-rétro mi-impertinent, Les Coquettes incarnent trois femmes hautes en couleur. Maniant les rimes avec sarcasmes, Juliette, Lola et Marie nous offrent plus d’une heure de show détonnant et espiègle, accompagnées par un pianiste qui n’en départ pas de son humour. Avec un franc-parler décapant, elles chanent aussi bien des sujets légers et des plus sombres, la féminité, la drague, le bitchage, le suicide, le harcèlement de rue ou l’excision. Leur titre phrare ? La p’tite fessée du dimanche soir !

Malgré quelques mélodies répétitives et certains clichés qui ont la dent dure, ces trois amies se mettent en scène dans leurs robes moulantes orange/rouge/rose, et nous emportent dans leur univers fifties, un brin outrancier et toujours en rythme ! Véritablement euphorisant, quand est-ce qu’on y retourne ?


Les Coquettes, du mercredi au samedi à 19h45 au Grand Point Virgule

Combien ça vaut ? 28€, cadeau !

Conseil placement : avec un coussin sous les fesses, les sièges du Grand Point Virgule ne sont malheureusement pas très profonds et confortables