Les Français, mis en scène par Warlikowski au Théâtre de Chaillot

(Soirée du 18 Novembre 2016)

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Je pensais avoir lu Proust au collège, moi qui plus jeune n’aimais pas lire, mais ces Français balancés en pleine figure m’ont fait prendre conscience que cela aurait sûrement laissé des empreintes, des cicatrices qui auraient résonné ce soir-là en moi. Peut-être n’étais-je alors pas vraiment consciente, voire réceptive, de la portée de ses textes, sur les drames des relations humaines, les jalousies, la politique, l’antisémitisme, le sexe, mon adolescence ayant été quasi-exclusivement dévouée à la danse et au piano.

Au lieu de ça, j’ai reçu un sacré choc, scotchée malgré moi au siège durant les 4h30 en polonais (!), entractes inclus, incapable de bouger, de reprendre ma respiration, et de repartir ensuite à la vie réelle.

La mise en scène léchée alterne espace ouvert et cage de verre, enfermant les personnages dans leurs contradictions, leurs désirs, leurs jalousies obsessives. L’ambiance suave éthérée à la Coppola-fille mélangée à l’ultra-violence de Tarantino décrit un quotidien en total déséquilibre, en passe de basculer, un regard sur les autres si peu complaisant.

La musique omni-présente, même dans le silence, est une rengaine qui colle, qui s’accroche à nous, nous faisant flotter, mais surtout nous noyer dans les méandres des âmes, la violence de la vie.

Ce rêve idyllique, qui est pourtant une cruelle réalité décrite par Proust, est une puissante provocation : sont pointées du doigt les illusions, tout en laissant au lecteur/spectateur la liberté de les dénoncer soi-même.

 J’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux.  Marcel Proust

Comme un rêve intense qui ne laisse pas le choix que de se faire posséder tout entier pour n’en ressortir qu’ébranlé, spectacle impitoyable mélangeant théâtre, danse, vidéo et chant, c’est féroce, c’est âpre, c’est jouissif ; beaucoup m’échappe, tout me fascine. Émotions forte garanties.

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Crédit photos : Tal Bitton

Les Français, d’après À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, mis en scène par Krzysztof Warlikowski, au Théâtre de Chaillot du 18 au 25 Novembre 2016

Combien ça vaut ? 35€ en tarif normal, 13€ pour les jeunes. Cadeau !

Conseil placement : partout, on voit bien de partout à Chaillot, encore faut-il y aller !

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