Anastasia au Royal Opera House

(Soirée du 5 novembre 2016)

Anastasia Nikolaïevna (crânons un peu en l’écrivant en cyrillique : Анастасия Николаевна Романова), quatrième fille du Tsar II de Russie, est pour tous les (grands) enfants l’héroïne du dessin animé éponyme. L’histoire abracadabrante d’Anna Anderson qui se prétend être Anastasia, quelques années après la fusillade de la famille royale rajoute encore plus de fascination sur le destin de cette héroïne russe.

Si la Souris* et moi sommes ravies d’être à Londres, et de prendre place dans la très belle salle du Royal Opera House (en plus de manger des gaufres de patate douce et d’avoir beau temps), nous le sommes moins par les critiques plutôt assassines parues quelques jours avant. Kenneth MacMillan avait déjà monté un acte sur la folie d’Anna-Anastasia en 1967 ; il y ajouta quatre ans après deux actes préliminaires sur le faste de la vie de la Grande Duchesse avant et pendant la révolution bolchévique. Mais ce n’est qu’en 2004 que le Royal Ballet le dansa pour la première fois.

L’acte I s’ouvre sur le yacht impérial, l’acte II une scène de bal. Les échos entre les deux actes sont nombreux : des paillettes (l’eau se dessine par le vent qui ondule une toile pailletée), du faste un peu passé, la cheminée du yacht aussi inclinée que les lustres à l’acte suivant, symboles de la tourmente russe.  L’on y voit un ballet, sûrement moins intense chorégraphiquement que bien d’autres de ses créations, mais qui raconte le souvenir que l’on aurait pu se créer de la vie de la famille Impériale. Serait-ce Anna qui s’invente cette vie ? Ces réminiscences flamboyantes, quoique fort expressives, restent illusoires, comme l’on pourrait finalement les imaginer nous-même à travers les récits d’Anna Anderson. C’est beau, dense comme du Tchaïkovsky, léger comme un souvenir terni.

L’acte III plonge Anna-Anastasia dans un asile. Le costume cheveux courts / robe longue grise n’est pas sans nous rappeler Manon. Et si la chorégraphie parait au premier abord plus pauvre après les deux premiers actes, la musique (savant mélange de Martinu et d’électro) nous rappelle à l’urgence de la situation : la tension dramatique est portée par la démence d’Anna-Anastasia. Ce soir-là, Lauren Cuthberson vibre sur scène, navigue entre des souvenirs démons, visions troublantes en noir et blanc, et sa confusion sur sa véritable identité, âme torturée. On peut regretter que ce story-telling « linéaire » scelle le destin de ce ballet comme celui de la Grande Duchesse : troublant mais accessoire. J’aurai préféré voir l’acte III agrémenté de véritables flashs-back, incursions d’une réalité historique dans la réalité d’Anna, mais cela aurait probablement changé ma vision de l’histoire.

Plus qu’un ballet sur un fait historique qui reste bien mystérieux, il s’agit ici d’effleurer les états d’âme d’Anna-Anastasia. Alors, est-elle folle ?  Rêvons un peu : Anna sera encore un peu Anastasia pour moi.

anastasia

* voir l’avis de la Souris !


Anastasia de Kenneth MacMillan, du 26 Octobre au 12 Novembre au Royal Opera House

Combien ça vaut ? £30-60, très bon rapport qualité/prix au ROH

Conseil placement : à l’amphithéâtre, où l’on peut s’offrir ce luxe d’une place très centrée, avec vue plongeante sur le ballet, mais moins loin de la scène et sans le vertige de Garnier

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