Illusoire Eliogabalo à Garnier

(Soiré du 11 Octobre 2016)

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Opéra composé en  1667 par Francesco Cavalli, Eliogabalo n’aura été mis en scène pour la première fois qu’en 1999 : le livret aurait été jugé trop osé pour l’époque, ou bien son genre de tragédie lyrique, « dramma per musica » (ou théâtre vénitien), trop vieillot.

Eliogabalo met en scène durant 3h40 les tourments de cet empereur adolescent sadomaso, sanguinaire et anticonformiste, qui régna seulement 4 ans sur Rome, avant d’être jeté démembré dans le Tibre par une plèbe en furie. Heliogabale, originaire de Syrie, est différent des autres empereurs, et joue de son pouvoir : par son renversement des mœurs et valeurs établies, il déstabilise la Rome Antique installée. Véritable Dieu-Soleil érotomane, tour à tour déguisé en femme ou homme, ce monstre politique pervers use et abuse de son ascendant entre intrigues, trahisons et viols.

Avec 3 heures de récitatif, entrecoupées de quelques rares lamentos et envolées lyriques, on attend beaucoup de l’engagement vocal. Mais à mon sens, seules deux voix rendent cet opéra fascinant : Nadine Sierra, étincelante en Gemmira, s’impose avec autorité, de son timbre chaud et rond ; Valer Sabadus, désarmant Giuliano,  est un très jeune contre-ténor à la voix cristalline, dont il faudra suivre le parcours de très près. Grosse déception pour Franco Fagioli dans le rôle d’Eliogabalo, soleil éteint par le manque de virtuosité attendue, qui paraît peu à son aise.

L’orchestre, quant à lui, relève le pari de faire vibrer toute l’expressivité de la musique de Cavalli, qu’elle soit lyrique ou plus vivace, avec à sa tête Leonardo Garcia Alarcon.

Pour ma première mise en scène de Thomas Jolly en live, je suis sortie plutôt dubitative. La scénographie, finalement peu provocatrice, m’a autant plue que déplue. Les escaliers imbriqués vont et viennent, symbolisant successivement le Temple, le Palais, le Sénat, effets spatiaux renforcés par les jeux de lumières (projecteurs automatiques, très en vogue) qui créent de belles perspectives (colonnes, lumière divine, rayonnement de l’empereur) ou enferment « dans le vide » les personnages avec leurs douleurs et contradictions. Mais au milieu de cet opéra-théâtre, les personnages sont plus vulgaires que destructeurs, moyennement exaltés, trop peu anarchistes, et l’on se perd dans cette surenchère artificielle qui manque de retranscrire un opéra plus intimiste.


À l’Opéra Garnier du 14 septembre au 15 octobre 2016

Combien ça vaut ? Le prix d’une place sans visibilité, mieux vaut le voir sur Culturebox (jusqu’au 8 avril 2016)

Conseil placement : Sur son canapé avec un thé brûlant, ou bien du vin, pour le côté orgie romaine

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