Soirée Sehgal / Peck / Pite / Forsythe

(Soirée du 26 Septembre 2016)

 

Invité à venir une heure plus tôt, le public est accueilli dans l’entrée par des ouvreurs-danseurs scandant « Oh this is so contemporary », les claquements de doigts rythmant le balancement de leurs hanches. Trois autres « situations construites », comme le précise Tino Sehgal, sont présentées dans les espaces publics (Grand Foyer, Rotondes de la Lune et du Soleil, Galerie et Salon du Glacier). Le projet chorégraphique de Sehgal est de présenter l’impulsion du corps des danseurs comme expérience du présent, et non comme représentation d’un objet sur une scène matérielle. Les spectateurs s’immergent (ou non) dans des bulles hors du temps, créées par de longues phrases chorégraphiques qui semblent n’avoir ni début ni fin : elles éclosent des danseurs, de leur voix qu’ils osent, parfois un peu timidement, poser pour rythmer des gestes lents et répétés.

 

Perplexes ou amusés, les spectateurs gagnent fébrilement leur siège. Le rideau s’ouvre à 19h30 sur un petit rat en tutu blanc, allongée tout au fond de la scène, qui se relève élégamment et entame solennellement le défilé du ballet de l’Opéra de Paris. Chaque ligne est applaudie, et les favoris de chacun ovationnés. 200 danseurs habillés de blanc, 20 minutes de cœur battant au rythme de la mythique marche des Troyens de Berlioz, ce moment très émouvant reste trop rare pour les balletomanes, éblouissante féérie qui marque l’ouverture de la saison.

 

Avec la reprise de deux ballets présentés la saison dernière, l’ONP s’assure de l’ovation d’un public déjà charmé. In Creases, de Justin Peck, est un concentré d’énergie qui utilise les forces d’attraction et de répulsion des corps, en modernisant les références au ballet néo-classique. L’harmonie des ensembles, l’évolution des positions graphiques et la musicalité du très en vogue Philip Glass mettent en valeur les corps de ces jeunes danseurs, malgré des tenues un peu simplistes d’inspiration balanchinienne (justaucorps simples pour elles, tee-shirts, collants et chaussettes pour eux). Peut-être manque-t-il le panache du mois de mars dernier ;  le ballet se laisse regarder mais marque finalement peu les esprits. Blake Works I de Forsythe, qui avait électrifié Garnier en juillet dernier, ne manque pas susciter à nouveau l’enthousiasme du public. Les danseurs sont ravis de se produire sur scène dans une chorégraphie qui magnifie la technique française tout en renouvelant son vocabulaire sur une bande son suave pop-électro, confirmé par leur cri de guerre lancé avant le lever de rideau.

 

The Season’s Canon, dernière création de Crystal Pite, est l’apothéose de la soirée. Cette Canadienne qui a travaillé avec Forsythe au ballet de Francfort signe une pièce unique et bouleversante sur la musique bien connue des Quatre saisons de Vivaldi, revue par Max Richter. Avec des élans poétiques passionnés et une énergie bouillonnante, Pite jette sur scène toute la beauté et la brutalité de la nature. Comme dans le tableau du Radeau de la Méduse, les jeux de pénombre et de projections de lumière accentuent l’idée d’une apocalypse où les 54 danseurs ne font plus qu’un, ondulant, survivant au milieu des éléments déchaînés. Avec pas moins d’une demi-douzaine de rappels, il s’agit sans conteste d’une des meilleures créations à l’ONP depuis celles de Pina Bausch.

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Dommage que le soufflé retombe si vite avec les dernières minutes de la soirée consacrées à (Sans titre) de Tino Sehgal. Ce happening, qui aurait pu être placé pendant un entracte, laisse le spectateur encore une fois dubitatif sur une création peu convaincante, mais qui ne manquera pas de faire parler d’elle !

 


À l’Opéra Garnier du 26 Septembre au 9 Octobre 2016

Combien ça vaut ? 50€  (cat. 3) ou 80€ (cat.2) si vraiment on est tombé amoureux de The Season’s Canon

Conseil placement : un peu de hauteur pour la création de Pite permet de profiter de l’esthétique globale de la pièce, évitez donc le parterre et découvrez les loges !

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