Iphigénie en Tauride à Garnier

(Soirée du 22 Décembre 2016)

L’opportunité d’assister à l’avant-dernière représentation d’Iphigénie en Tauride s’est présentée quelques heures avant, une petite promo me promettant un 5ème rang d’orchestre… Terriblement séduite par son Orphée et Eurydice à Nancy, et subjuguée par son Alceste en 2015 sous les ors de Garnier, comment refuser de découvrir un peu plus Gluck ? C’est fatiguée mais guillerette que je gambadais dans le Grand Foyer aux embruns de sapin et m’assis confortablement dans ces fauteuils de velours rouges si chers à mon coeur.

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Grand mal m’a pris de ne pas lire le livret avant la représentation ! Je ne suis pas calée en mythologie grecque, et l’histoire n’est que peu lisible sans les relents des cours de lycée. En voici le résumé fait par l’Opéra de Paris :  » Pour honorer la prédiction d’un oracle, Iphigénie doit tuer tout étranger s’échouant sur les rivages de Tauride. Las, c’est son frère Oreste qui accoste, assassin de leur mère Clytemnestre, qu’il a tuée pour venger le meurtre de leur père Agamemnon : telle est la lignée maudite des Atrides qui répète la mort de génération en génération… Cette chaîne de crimes héréditaires passera-t-elle par Iphigénie ?  »

Au sortir des 2h20 de spectacle, je suis déçue. Cette tragédie, commandée par (pour ?) Marie-Antoinette, se veut très austère, dépourvue de grandes envolées lyriques, de vibrations, de frissons. La direction musicale manque cruellement de finesse et de cohésion ; il faut dire que les instruments modernes y sont aussi peut-être pour quelque chose ?

Quant aux chanteurs, énorme coup de coeur pour Pylade (Stanislas de Barbeyrac) dont la voix m’a le plus touchée, et j’ai trouvé Véronique Gens très « chic », mais sans plus de conviction.

Finalement, seule la mise en scène m’a vraiment plu. Iphigénie, au début, est une vieille dame en maison de retraite : Warlikowski laisse planer un doute sur sa fragilité, ses souvenirs, son histoire est-elle pure hallucination ou stricte vérité ?

Très intelligemment menée, la mise en scène exhibe des personnages obsédés par leur passé et totalement dépassés par leur vie. Les images sont fortes, très fortes, à l’instar de ces mamies qui, faisant face aux spectateurs, mangent du gâteau en tenue de deuil.

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L’émotion est bien présente, par la profondeur de la production, sa théâtralité, et contrebalance une soirée musicale un peu trop indifférente à mon goût.


Iphigénie en Tauride de Christoph Wilibal Gluck, mise en scène par Krzysztof Warlikowski, à l’Opéra Garnier du 2 au 25 décembre 2016

Combien ça vaut ? Pas plus de 50€

Conseil placement : au parterre, pour profiter de ces super mamies !

Until the Lions, Akram Khan à la Grande Halle de la Villette

(Soirée du 5 Décembre 2016)

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Inspiré du poème épique Mahabharata, Until the Lions puise sa genèse dans la mythologie hindoue. Grand livre sacré de l’Inde, le Mahabharata relate les épisodes guerriers entre les Pandava et les Kaurava qui veulent conquérir le pays des Arya.

L’histoire ? La princesse Amba se fait enlever le jour de ses noces avec Shalva par Bheeshma, qui lui a fait voeu de chasteté ; il promet donc Amba à un autre, et doit lutter contre ses désirs. Amba combattra férocement Bheeshma pour se libérer de son joug.

Pour ce faire, Akram Khan a choisi une scène circulaire, en forme de racine d’arbre, toutes veines concentriques visibles, des lumières tamisées et une atmosphère poussiéreuse : tout y est, nous sommes bien au coeur d’une forêt mystique.

Au coeur d’une tribu, les lances délimitent une arène, celle de la lutte entre Amba et Bheeshma. Accompagnés par quatre musiciens a cappella, les corps se battent et s’étreignent, les pieds martèlent la souche, les bras s’envolent vers les cieux. Tournent alors autour de la souche des corps en transe, qui chassent à l’envi, jusqu’à se retrouver face au crâne / à la mort.

Ca sent la poussière, ça sent le souffre, les hurlements déchirent le silence qui s’est emparé de la salle, les esprits des danseurs et chanteurs semblent évaporés dans une autre dimension. Le bois se fissure par le centre, les éléments se déchaînent, symbole de la colère d’une entité supérieure.

Si je suis soufflée par la fulgurance et la beauté viscérale de la pièce, je n’arrive pas à vraiment apprécier le spectacle, en partie parce que la culture hindoue m’est totalement étrangère.


Until the Lions, d’Akram Khan, avec la Akram Khan Company, du 5 au 17 Décembre 2016 à la Grande Halle de la Villette (saison 2016/2017 du Théâtre de la Ville)

Combien ça vaut ? de 10 à 32€

Conseil placement : Les gradins sont circulaires, on voit bien de partout !

Les Coquettes, au Grand Point Virgule

(Soirée du 30 novembre 2016)

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Trio féministe de music-hall mi-rétro mi-impertinent, Les Coquettes incarnent trois femmes hautes en couleur. Maniant les rimes avec sarcasmes, Juliette, Lola et Marie nous offrent plus d’une heure de show détonnant et espiègle, accompagnées par un pianiste qui n’en départ pas de son humour. Avec un franc-parler décapant, elles chanent aussi bien des sujets légers et des plus sombres, la féminité, la drague, le bitchage, le suicide, le harcèlement de rue ou l’excision. Leur titre phrare ? La p’tite fessée du dimanche soir !

Malgré quelques mélodies répétitives et certains clichés qui ont la dent dure, ces trois amies se mettent en scène dans leurs robes moulantes orange/rouge/rose, et nous emportent dans leur univers fifties, un brin outrancier et toujours en rythme ! Véritablement euphorisant, quand est-ce qu’on y retourne ?


Les Coquettes, du mercredi au samedi à 19h45 au Grand Point Virgule

Combien ça vaut ? 28€, cadeau !

Conseil placement : avec un coussin sous les fesses, les sièges du Grand Point Virgule ne sont malheureusement pas très profonds et confortables

Les Français, mis en scène par Warlikowski au Théâtre de Chaillot

(Soirée du 18 Novembre 2016)

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Je pensais avoir lu Proust au collège, moi qui plus jeune n’aimais pas lire, mais ces Français balancés en pleine figure m’ont fait prendre conscience que cela aurait sûrement laissé des empreintes, des cicatrices qui auraient résonné ce soir-là en moi. Peut-être n’étais-je alors pas vraiment consciente, voire réceptive, de la portée de ses textes, sur les drames des relations humaines, les jalousies, la politique, l’antisémitisme, le sexe, mon adolescence ayant été quasi-exclusivement dévouée à la danse et au piano.

Au lieu de ça, j’ai reçu un sacré choc, scotchée malgré moi au siège durant les 4h30 en polonais (!), entractes inclus, incapable de bouger, de reprendre ma respiration, et de repartir ensuite à la vie réelle.

La mise en scène léchée alterne espace ouvert et cage de verre, enfermant les personnages dans leurs contradictions, leurs désirs, leurs jalousies obsessives. L’ambiance suave éthérée à la Coppola-fille mélangée à l’ultra-violence de Tarantino décrit un quotidien en total déséquilibre, en passe de basculer, un regard sur les autres si peu complaisant.

La musique omni-présente, même dans le silence, est une rengaine qui colle, qui s’accroche à nous, nous faisant flotter, mais surtout nous noyer dans les méandres des âmes, la violence de la vie.

Ce rêve idyllique, qui est pourtant une cruelle réalité décrite par Proust, est une puissante provocation : sont pointées du doigt les illusions, tout en laissant au lecteur/spectateur la liberté de les dénoncer soi-même.

 J’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux.  Marcel Proust

Comme un rêve intense qui ne laisse pas le choix que de se faire posséder tout entier pour n’en ressortir qu’ébranlé, spectacle impitoyable mélangeant théâtre, danse, vidéo et chant, c’est féroce, c’est âpre, c’est jouissif ; beaucoup m’échappe, tout me fascine. Émotions forte garanties.

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Crédit photos : Tal Bitton

Les Français, d’après À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, mis en scène par Krzysztof Warlikowski, au Théâtre de Chaillot du 18 au 25 Novembre 2016

Combien ça vaut ? 35€ en tarif normal, 13€ pour les jeunes. Cadeau !

Conseil placement : partout, on voit bien de partout à Chaillot, encore faut-il y aller !

Les Contes d’Hoffman à l’Opéra Bastille

(Soirée du 9 Novembre 2016)

Opéra fantastique inspiré de trois contes romantiques de l’écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Les Contes d’Hoffmann ne furent jamais terminés avant la mort Jacques Offenbach, et ont enchanté l’Opéra Comique en 1881.

Cette oeuvre posthume, par le livret de Jules Barbier, narre comment Hoffmann tombe sous le charme de trois femmes : Olympia d’abord, qui s’avère être une poupée automate ; Antonia, maudite, qui ne peut chanter sous peine de mourir ; Giulietta, qui pactise avec le diable pour voler le reflet d’Hoffmann. La Muse de la poésie, ayant pris la forme de son meilleur ami Niklausse, ne fait qu’accompagner, parfois sauver Hoffmann de ces péripéties. Désespéré, ce dernier finit par révéler que ces trois femmes ne sont en fait que les différentes facettes d’une seule et même personne, Stella, une chanteuse qui l’avait invité à le rejoindre dans sa loge après le spectacle. Mais Stella repart avec un autre homme. La Muse exulte enfin, Hoffmann peut se vouer uniquement à l’art de la poésie.

 

La mise en scène de Robert Carsen est magistrale : véritable théâtre dans le théâtre, où nous sommes, placés dans les coulisses, à l’arrière-scène, dans la fosse d’orchestre, spectateurs des amours d’Hoffmann, tour à tour avec Olympia, Antonia, et Giulietta, sous l’oeil de Niklausse.

Philippe Jordan, que j’ai trouvé encore plus inspiré que d’habitude, amène toute l’intensité nécessaire pour ne pas tomber dans le balourd de l’opéra-bouffe, et faire évoluer toutes les couleurs de cette oeuvre résolument brillante.

L’aisance vocale de Nadine Koutcher en Olympia est bluffante, même si j’ai eu un petit faible pour la souplesse incroyable de la voix d’Ermonela Jaho en Antonia, déchirante, et la chaleur de celle de Kate Aldrich en Giulietta. L’acte III m’a quant à lui totalement fait chavirer, notamment avec cette Barcarolle si connue*. Un opéra qui fait la part belle aux femmes, aux voix intenses, aux rondeurs, aux douleurs.

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Ramon Vargas s’investit en Hoffmann, aussi convaincant vocalement que scéniquement. Et les seconds rôles sont loin d’être oubliés dans cet opéra, mis en valeur par une distribution hors pair.

Aucun doute, une intelligente production qui ne manquera pas de vous séduire tous !

 

 

*(mais si, entendez par vous-même ! Ou encore cette version seulement orchestrée)


Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, du 31 Octobre au 27 Novembre 2016 à l’Opéra Bastille

À revoir sur Culturebox jusqu’au 22 mai 2017

Combien ça vaut ? 90€, oui c’est un prix, mais qui le vaut bien ! Certaines places sont bradées sur BourseOpéra, souvent en dernière minute. Si vous êtes jeunes et dotés d’un pass adéquat, c’est le moment de l’utiliser !

Conseil placement : prendre un peu de hauteur pour admirer la mise en scène en abîme (les premiers rangs des balcons par exemple)

Anastasia au Royal Opera House

(Soirée du 5 novembre 2016)

Anastasia Nikolaïevna (crânons un peu en l’écrivant en cyrillique : Анастасия Николаевна Романова), quatrième fille du Tsar II de Russie, est pour tous les (grands) enfants l’héroïne du dessin animé éponyme. L’histoire abracadabrante d’Anna Anderson qui se prétend être Anastasia, quelques années après la fusillade de la famille royale rajoute encore plus de fascination sur le destin de cette héroïne russe.

Si la Souris* et moi sommes ravies d’être à Londres, et de prendre place dans la très belle salle du Royal Opera House (en plus de manger des gaufres de patate douce et d’avoir beau temps), nous le sommes moins par les critiques plutôt assassines parues quelques jours avant. Kenneth MacMillan avait déjà monté un acte sur la folie d’Anna-Anastasia en 1967 ; il y ajouta quatre ans après deux actes préliminaires sur le faste de la vie de la Grande Duchesse avant et pendant la révolution bolchévique. Mais ce n’est qu’en 2004 que le Royal Ballet le dansa pour la première fois.

L’acte I s’ouvre sur le yacht impérial, l’acte II une scène de bal. Les échos entre les deux actes sont nombreux : des paillettes (l’eau se dessine par le vent qui ondule une toile pailletée), du faste un peu passé, la cheminée du yacht aussi inclinée que les lustres à l’acte suivant, symboles de la tourmente russe.  L’on y voit un ballet, sûrement moins intense chorégraphiquement que bien d’autres de ses créations, mais qui raconte le souvenir que l’on aurait pu se créer de la vie de la famille Impériale. Serait-ce Anna qui s’invente cette vie ? Ces réminiscences flamboyantes, quoique fort expressives, restent illusoires, comme l’on pourrait finalement les imaginer nous-même à travers les récits d’Anna Anderson. C’est beau, dense comme du Tchaïkovsky, léger comme un souvenir terni.

L’acte III plonge Anna-Anastasia dans un asile. Le costume cheveux courts / robe longue grise n’est pas sans nous rappeler Manon. Et si la chorégraphie parait au premier abord plus pauvre après les deux premiers actes, la musique (savant mélange de Martinu et d’électro) nous rappelle à l’urgence de la situation : la tension dramatique est portée par la démence d’Anna-Anastasia. Ce soir-là, Lauren Cuthberson vibre sur scène, navigue entre des souvenirs démons, visions troublantes en noir et blanc, et sa confusion sur sa véritable identité, âme torturée. On peut regretter que ce story-telling « linéaire » scelle le destin de ce ballet comme celui de la Grande Duchesse : troublant mais accessoire. J’aurai préféré voir l’acte III agrémenté de véritables flashs-back, incursions d’une réalité historique dans la réalité d’Anna, mais cela aurait probablement changé ma vision de l’histoire.

Plus qu’un ballet sur un fait historique qui reste bien mystérieux, il s’agit ici d’effleurer les états d’âme d’Anna-Anastasia. Alors, est-elle folle ?  Rêvons un peu : Anna sera encore un peu Anastasia pour moi.

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* voir l’avis de la Souris !


Anastasia de Kenneth MacMillan, du 26 Octobre au 12 Novembre au Royal Opera House

Combien ça vaut ? £30-60, très bon rapport qualité/prix au ROH

Conseil placement : à l’amphithéâtre, où l’on peut s’offrir ce luxe d’une place très centrée, avec vue plongeante sur le ballet, mais moins loin de la scène et sans le vertige de Garnier

George Balanchine à Garnier

(Soirée du 28 octobre 2016)

Mozartiana, Sonatine, Brahms-Schönberg Quartet et Violin Concerto, avec le petit film Hommage à Violette Verdy, voilà le programme d’une soirée qui paraît plus alléchante sur papier que dansée sur scène.

Malgré la beauté indiscutable des danseurs de l’Opéra, le dialogue avec le public n’est pas au rendez-vous. Ils ne savent pas raconter Balanchine, ils ne le peuvent pas : c’est culturel. L’école française est trop lyrique, un poil narcissique, et beaucoup trop parfaite dans son romantisme pour incarner l’esprit enlevé, fonceur, décontracté, très décomplexé de Balanchine. Le virtuose infailliblement exécuté est trop poli pour répondre à la musicalité voulue par Mr B. et c’est fort dommage.

Mozartiana, ballet poussiéreux suggérant une Cour royale, ne me séduit pas plus que sur la scène du Châtelet l’été dernier. Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio n’y sont pour rien, précieux et minutieux à souhait, cet interminable ballet est d’un ennui total.

Sonatine, trio bucolique avec un piano présent sur scène pour donner de la contenance aux deux danseurs (ce soir là Léonore Baulac et Germain Louvet), qui s’envolent avec une simplicité déconcertante et me plongent dans un état contemplatif légèrement engourdi. L’hommage à Violette Verdy est pourtant bien là, musical et très poétique.

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BSQ, en grandes pompes, et plus à l’aise sous les ors de Garnier pour s’épanouir pleinement, me paraît plus abordable qu’en juillet dernier. Les danseurs tiennent tête aux 4 parties aux atmosphères inégales (je préfère de loin la seconde partie, pour la musique !), malgré des costumes qui ne les mettent absolument pas en valeur (Karl, si tu m’entends…).

Enfin, Violin Concerto, pour conclure sur nos impatiences d’air frais, réveille nos esprits par son punch en noir et blanc, comme l’aimait tellement Balanchine. Deux couples de danseurs sont mis en valeur par un corps de ballet dynamique. Le fait de m’être alors replacée à l’orchestre pour cette dernière partie amène une promiscuité avec la pièce, tour à tour sensible et bouillonnante, à la limite de l’acrobatique, mais qui ne suffit pas à me subjuguer. Déçue de ne pas avoir vue Alice Renavand, remplacée au pied levé par Muriel Zusperreguy, moins pertinente dans ce genre de rôle.

 

En bonus, la vidéo making-of du shooting de Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann


À l’Opéra Garnier du 22 octobre au 15 novembre 2016

Combien ça vaut ? 85€ (cat.2) si on aime inconditionnellement les oeuvres de Balanchine et les danseurs de l’ONP, 25€ (cat.4) si on est juste curieux (ou à tendance grippe-sou)

Conseil placement : La soirée ne valant pas de rester debout, il faut trouver une place avec un minimum de visibilité, pour regarder, ou s’endormir confortablement…

Les Ballets russes à la Fondation Louis Vuitton

(Soirée du 29 octobre 2016)

Compagnie créée en 1907 par Serge de Diaghilev, les Ballets russes ont rassemblé les danseurs virtuoses du Mariinsky de l’époque, à l’instar de Michel Fokine, Vaslav Nijinsky, Anna Pavlova, Serge Lifar ou encore George Balanchine, mais aussi les plus grands artistes russes et français, peintres, compositeurs et écrivains. Diaghilev, qui avait fondé quelques temps auparavant une revue artistique révolutionnaire, « Le Monde de l’art », recherche l’avant-garde de l’Art, et de la danse. Avec ses Ballets russes, il imagine une nouvelle conception de la danse plus expressive, emplie d’émotions. Chaque détail a son importance, des scènes du corps de ballet aux étoiles, et les couleurs des décors doivent répondre aux danseurs, chacun existant par lui-même mais pouvant dialoguer ensemble. L’étroite collaboration entre les chorégraphes, musiciens et peintres permettent à la rigueur esthétique sans compromis de Diaghilev d’instiller une féérie somptueuse pour chacune des nouvelles créations.

« Le ballet doit témoigner d’une unité de conception. Au dualisme traditionnel musique-danse doit être substituée l’unité absolue et harmonieuse de trois éléments musique-danse-et-arts plastiques… »  Michel Fokine

Au gré de leurs tournées, la première en France, puis en Europe, Amérique du Sud, États-Unis, jusqu’en 1929, les Ballets russes ont réussi le pari de moderniser la danse, et son influence n’a pas fini de nous fasciner.

 

Pour commencer la soirée, un petit film réalisé par Christian Comte reconstitue le geste idéal de Nijinsky à partir de photographies de 12 ballets différents, du Roi Candaule au Faune. Diaghilev ne voulant apparemment pas filmer ses danseurs, personne ne peut aujourd’hui affirmer avoir vu danser Nijinsky ! Il existe cependant une série de clichés (seulement 32 au total !) décomposant les différents mouvements de Nijinsky, que Comte a assemblées pour recréer un artefact d’un pantin, presque désarticulé, totalement prophétique.

 

S’en suit une réinterprétation de Petrouchka par Lil Buck, nouveau phénomène du Jookin, qu’il décrit comme « cette danse de rue qui donne l’impression que l’on flotte et qui rappelle cette formule de Bruce Lee : il faut être comme de l’eau, sans forme propre et capable de se couler dans une tasse comme dans une bouteille. J’en suis tombé fou amoureux à 12 ans ». Nouvelle star de la danse, il s’offre une carte de visite en or, dansant avec Janelle Monae, Madonna ou encore Baryschnikov pour la super pub Rag&Bone.

L’œuvre originale chorégraphiée par Fokine conte l’élan d’une fête russe populaire Maslenitsa (comparable à notre Mardi Gras), lors de laquelle un vieux mage captive le public avec trois poupées auxquelles il donne vie : Petrouchka, la ballerine et le Maure. Lil Buck réinterprète l’histoire du cœur brisé de Petrouchka, mélangeant les positions académiques à son style hip-hop disloqué, montant sur la pointe de ses sneakers. La précision graphique et affutée du mouvement fait écho aux rythmes changeants de la musique, interprétée par Théo Fouchenneret au piano.

 

Place au Faun de Sidi Larbi Cherkaoui. Contrastant avec L’Après-midi d’un faune de Nijinsky, évocation très suggestive de la bestialité de ce faune rencontrant des nymphes évanescentes, l’animal est ici beaucoup plus viscéral, volubile. James O’Hara et Daisy Philips nous proposent un duo à l’animalité saisissante, acrobatique, presque jouissive, duo très réussi !

 

Après un court entracte, Lil Buck revient avec son Cygne. La musique de Saint-Saëns, complainte grave et mélancolique du violoncelle, magnifiquement jouée par Henri Demarquette, signe bien l’élan majestueux d’un cygne glissant sur l’eau. Contrairement à l’idée de Saint-Saëns, Fokine avait choisi de chorégraphier un cygne fragile, mourant. Lil Buck lui redonne toute sa poésie, de belles envolées et une finesse aérienne.

 

Pour finir, Sidi Larbi Cherkaoui nous propose une relecture de l’Oiseau de feu avec les très élégants Marie-Agnès Gillot et Friedemann Vogel. La danse se veut beaucoup plus intime que dans l’oeuvre originelle, la musique de Stravinsky et les muscles saillants des danseurs contrastent avec la retenue de la chorégraphie. La force de cet amour, intériorisée, nuance les émotions passionnelles des deux interprètes magnifiques.

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Une bien jolie soirée d’ouverture de la saison chorégraphique de la Fondation Louis Vuitton, placée sur le thème de l’amour, du Beau, et de l’Art.

« Les Saisons chorégraphiques de Serge de Diaghilev étaient des rendez-vous d’amour…» Jean Cocteau


Soirée Les Ballets russes : une révolution permanente, les 29 et 30 octobre à la Fondation Louis Vuitton

A revoir sur Arte Concert

Combien ça vaut ? 60€, un certain prix d’une belle soirée presque privée dans le petit auditorium de la FLV (35€ pour les membres)

Conseil placement : très proche des artistes, pour vibrer avec leurs muscles mis à nus

Illusoire Eliogabalo à Garnier

(Soiré du 11 Octobre 2016)

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Opéra composé en  1667 par Francesco Cavalli, Eliogabalo n’aura été mis en scène pour la première fois qu’en 1999 : le livret aurait été jugé trop osé pour l’époque, ou bien son genre de tragédie lyrique, « dramma per musica » (ou théâtre vénitien), trop vieillot.

Eliogabalo met en scène durant 3h40 les tourments de cet empereur adolescent sadomaso, sanguinaire et anticonformiste, qui régna seulement 4 ans sur Rome, avant d’être jeté démembré dans le Tibre par une plèbe en furie. Heliogabale, originaire de Syrie, est différent des autres empereurs, et joue de son pouvoir : par son renversement des mœurs et valeurs établies, il déstabilise la Rome Antique installée. Véritable Dieu-Soleil érotomane, tour à tour déguisé en femme ou homme, ce monstre politique pervers use et abuse de son ascendant entre intrigues, trahisons et viols.

Avec 3 heures de récitatif, entrecoupées de quelques rares lamentos et envolées lyriques, on attend beaucoup de l’engagement vocal. Mais à mon sens, seules deux voix rendent cet opéra fascinant : Nadine Sierra, étincelante en Gemmira, s’impose avec autorité, de son timbre chaud et rond ; Valer Sabadus, désarmant Giuliano,  est un très jeune contre-ténor à la voix cristalline, dont il faudra suivre le parcours de très près. Grosse déception pour Franco Fagioli dans le rôle d’Eliogabalo, soleil éteint par le manque de virtuosité attendue, qui paraît peu à son aise.

L’orchestre, quant à lui, relève le pari de faire vibrer toute l’expressivité de la musique de Cavalli, qu’elle soit lyrique ou plus vivace, avec à sa tête Leonardo Garcia Alarcon.

Pour ma première mise en scène de Thomas Jolly en live, je suis sortie plutôt dubitative. La scénographie, finalement peu provocatrice, m’a autant plue que déplue. Les escaliers imbriqués vont et viennent, symbolisant successivement le Temple, le Palais, le Sénat, effets spatiaux renforcés par les jeux de lumières (projecteurs automatiques, très en vogue) qui créent de belles perspectives (colonnes, lumière divine, rayonnement de l’empereur) ou enferment « dans le vide » les personnages avec leurs douleurs et contradictions. Mais au milieu de cet opéra-théâtre, les personnages sont plus vulgaires que destructeurs, moyennement exaltés, trop peu anarchistes, et l’on se perd dans cette surenchère artificielle qui manque de retranscrire un opéra plus intimiste.


À l’Opéra Garnier du 14 septembre au 15 octobre 2016

Combien ça vaut ? Le prix d’une place sans visibilité, mieux vaut le voir sur Culturebox (jusqu’au 8 avril 2016)

Conseil placement : Sur son canapé avec un thé brûlant, ou bien du vin, pour le côté orgie romaine

J’ai testé pour vous la barre aquatique

Et c’était rudement bien.

Pourquoi travailler dans l’eau est bon pour le corps ?

Lorsque l’on marche ou pratique un sport, on a tous mis en place des automatismes qui font qu’on n’a plus vraiment conscience du mouvement que l’on fait. On connaît encore moins l’origine de ce mouvement : on le fait comme on a l’habitude de le faire, de temps à autre en trichant, ce qui entraîne des mauvaises postures, parfois des blessures.

La pratique d’un sport dans l’eau permet de travailler sur le seul ressenti de son corps : pas de contrainte de poids ni de pesanteur, pas de glace pour s’admirer (ou se détester, au choix). On se concentre uniquement sur la chaîne musculaire qui induit un mouvement, sur l’ancrage du corps dans le sol, sur le déséquilibre provoqué par l’eau. En plus de gainer la posture, l’eau permet de travailler tous les muscles en les allongeant, en poussant au maximum la sensation d’étirement.

On se muscle oui, mais sans se faire mal !

Comment ça se déroule ?

Ce programme a été élaboré par un kiné et trois danseurs de l’Opéra de Paris : il est donc totalement adapté pour respecter l’anatomie et les aptitudes de chacun. Les exercices proviennent tous de l’échauffement et de la barre des cours de danse classique. Dégagés, pliés, relevés, battements, équilibres, tout est réalisé sous l’œil très attentif de Grégory Dominiak, Leila Dilhac ou Claire Gandolfi. Exercices classiques, oui, mais tellement plus intenses : la gravité inversée de l’eau oblige le corps à résister face à l’élévation. On travaille en profondeur les muscles excentriques, ceux qui protègent des blessures, mais sans souffrir (non garanti sans courbatures) ! Une courte relaxation à la fin permet de totalement déconnecter, et de recharger les batteries.

Le cours est quasi privé, puisque seules 4 personnes peuvent le suivre en même temps : on est donc chouchouté, intelligemment corrigé, encouragé par les très beaux professeurs Grégory Dominiak, Leila Dilhac et Claire Gandolfi.

C’est pour qui ?

Pour tout le monde ! Être dans l’eau enlève tous les complexes. Que l’on soit danseur amateur, professionnel, ou totalement débutant en danse, il suffit juste d’avoir envie !

Ces cours sont utiles aussi bien pour la prévention des blessures du quotidien, pour la ré-athlétisation du corps après blessure, avant la reprise d’un sport, ou en complément de son sport habituel : c’est un cours à part entière vraiment complet.

Et les résultats ?

Le corps est gaîné, les muscles allongés, on obtient rapidement un joli maintien du dos et une coordination à toute épreuve !

Ça me donne envie d’essayer ! J’en fais où ?

Dans la très jolie piscine de la Balnéothérapie des Grands-Augustins (Paris 6è – métro Odéon ou Saint-Michel). Et l’eau est chauffée à 33° !

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C’est quand ?

Il y a 5 cours le dimanche (à 10h, 11h15, 12h15, 13h30 et 15h30) , d’autres cours ouvriront bientôt en semaine.

Combien ça coûte ?

Il faudra débourser 45€ pour un cours, ce n’est pas donné mais le résultat est là. Il existe également des carnets de 5 cours qui font descendre le prix à 40€ l’unité.

J’ai envie de réserver !

Un petit clic sur la-barre-aquatique.com